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exposition 2006 : phénoménologie du boudin
Texte de la conférence

prononcée par Hubert Le Menestrel au Château de Beaupré à St Cannat (Bouches-du-Rhône) le 15 Mai 2006, au Château d'Hostel (Ain) le 13 août 2006, et au Domaine St Loup près de Belfort le 18 novembre 2006

Mesdemoiselles Mesdames et Messieurs,

Je suis désolé d'avoir à vous maintenir dans la position debout pendant cette conférence, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur et que vous n'aurez pas trop mal aux jambes. Pensez qu'à l'époque de Racine tout le parterre était debout, et Bajazet, ça dure trois heures…

Avant de commencer, parce que je n'aurai pas l'occasion de le faire à la fin, je veux remercier très chaleureusement nos hôtes de nous recevoir ; c'est pour moi un privilège, et pour eux c'est un risque, sachant toutes les bêtises dont je suis capable… Je vais essayer de rester correct. Merci à eux et régalez vous du vin de Beaupré qui est sur la table.

Introduction

Cette conférence aurait pu s'intituler "art, transcendance et boudin blanc", car c'est bien de ces trois choses dont je vais vous parler. Concernant la transcendance, c'est plutôt vers la fin de la conférence que nous tenterons de l'évoquer. Pour ce qui est de l'art, je vous parlerai principalement du tableau de Velázquez, les Ménines, bien que ce sujet soit un peu rebattu (je m'efforcerai de me limiter), et donc pour entrer immédiatement dans le vif du sujet, nous avons le boudin blanc.

1 Boudin charcutier

(Parler rapide) Alors pour le boudin blanc pour 6 personnes, prévoir 500 grammes de mie de pain, la chair de porc, 50 grammes de truffes et 200 g d'oignons et un demi litre de lait. Faire revenir rapidement les oignons quand ils se barrent, passer la mie de pain au chinois, puis passer le chinois à la casserole. Flahh !

Alors il faut moudre la mie de pain, et lorsque vous mousez la mie de pain... Ben oui, vous mousez, du verbe moudre. Le verbe moudre se conjugue comme coudre, je pense. Donc vous mousez la mie de pain et vous cousez vos boutons.

Enfin sauf que pour coudre il faut deux mains et pour moudre aussi.
Donc on ne peut pas moudre en cousant ni coudre en mousant. Il faut alterner. Un coup tu mouds, un coup tu couds.
(répéter plusieurs fois en mimant alternativement le moulin à purée et la couture).
Un coup tu mouds, un coup tu couds. Un coup tu mouds, un coup tu couds. Un coup tu mouds, un coup tu couds.
On alterne :
Quand tu couds tu mouds pas quand tu mouds tu couds pas.
Vous remarquerez ici au passage qu'il s'agit d'un superbe alexandrin, formé uniquement de mots d'une seule syllabe. Je crois que Racine n'en a fait qu'un seul comme ça dans toute sa carrière :
(Mettre la perruque ; ton déclamatoire excessivement théâtral)

"Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur"
(même ton)
Kantucou ! Tu mouds pas ! Quand tumou ! tuuuuu couuuuuu paaaaaa.

Oui ça pourrait très bien être dans Iphigénie ou dans Bajazet. Bajazet, l'une des tragédies les plus ennuyeuses de Racine, on n'y trouve absolument aucune recette de boudin blanc. Tandis que dans Le Menestrel… Non c'est juste pour comparer.
Oui parce que Racine, Iphigénie, … mais il est pas le seul !

(relire les notes) Qu'est ce que j'ai mis là ? "Iphigénie, mais il est pas le seul" ; regarder un peu si la salle a bien compris sinon ralentir un peu le rythme. (balayer la salle des yeux et du doigt) Bon çà m'a l'air d'aller.

Il y a une façon un peu particulière mais très intéressante de cuire le boudin, c'est ce qu'on appelle la cuisson différenciée. Vous préparez deux bains dans des bacs, l'un avec de l'eau salée, l'autre avec de l'eau sucrée. Et vous mettez une extrémité du boudin dans un bac, l'autre extrémité dans l'autre bac. Et vous portez à ébullition.

Alors les bouts du boudin bouent !
Chaque bout bout… dans son bain d'eau !
Ben si !
Un bout du bou-din bout
dans l'un des bains,
Et l'aut' bout du bou-din
Bout dans l'eau d'l'aut' bain…

Ca ressemble à du rapp, hein ?
(mettre une casquette à l'envers, se positionner genoux très pliés, bras et avant, et s'agiter en tapant des pieds de façon simiesque, en chantant à moitié)
Un bout du boudin bout
dans l'un des bains,
Et l'aut' bout du boudin
Bout dans l'eau d'l'aut' bain

Je pourrais me positionner comme parolier auprès de l'un de ces groupes de rapp tout à fait distingué, par exemple auprès de Nique ta mère…

Alors si vous aimez la cuisine exotique vous pouvez acheter un bout de boudin venant des indes, du boudin-hindou. Alors si possible pas celui qui est trop épicé, qui emporte la bouche, vous demandez plutôt le doux. Du boudin-hindoudoux. Mais attention, si vous le faites cuire comme précédemment au court bouillon, attention, parce que
le boudin hindou-doux,… i' bout… sans choux !
Le boudin hindou doux bout sans chou, pourquoi ?
Parce que si vous mettez du chou,
Le goût doux est dissous par la merduchou
Non, l'amer… du chou ; pas la mer à boire, hein ; ni la maman. Le chou n'a pas de maman, hein. Non, l'amer… au goût. L'amertume, quoi.
(petit temps) Oui, l'amer du chou dissout l'goût doux.
Du boudin-hindou-doux
(mettre la perruque)

Toi boudin délicieux qui trône dans l'assiette
Que je vais engloutir sans laisser une miette
Tes fumets harmonieux mêlés à la compote
Aiguisent tant mes sens qu'ils agitent ma glotte
Et mon cœur en ce jour tressaille d'allégresse
De voir dégouliner ta bienfaisante graisse.

O boudins, O compote, O tendres andouillettes,
Doux… jésus…

Attention mesdames et messieurs j'insiste sur le fait que bien entendu il n'y a pas ici de majuscule à jésus, il ne s'agit que du saucisson lyonnais bien entendu.

Doux jésus, chorizos aux o…deurs de sarriette,

"chori zo-zo-zo", Là, Racine… il avait fumé ou quoi ?

O sausages anglais, O germaniques WURSTS,

Si si les wursts ce sont les grosses saucisses grises dont les Allemands sont friands avec des kartofels à l'huile.
Mais alors comment Racine va-t-il trouver la rime, alors là…

O sausages anglais, O germaniques WURSTS,
Si tant est qu'il existe une autre rime en 'ursts',
Venez nous régaler, diverses cochonnailles!
Que coule le vin frais, que commence ripaille !

(Enlever la perruque)

2 Boudin argotique

Alors nous passons au deuxième degré de la phénoménologie du boudin en abordant le boudin argotique. C'est un mot qui désigne une personne un peu enveloppée, souvent du sexe féminin, et manquant de grâce. Remarquez que ce mot est souvent utilisé dans des conditions à la fois machiste et hypocrite, car l'homme pour l'expression de sa libido préfère plutôt les femmes bien en chair… A ce moment il préfère si j'ose dire jouer avec des petits boudins qu'avec des osselets...

Alors le petit boudin a bien sur été immortalisé par la célèbre chanson
(Mettre la perruque) Non non ne vous inquiétez pas je ne vais pas chanter.
(pointer avec le doigt devant soi, théâtral) Toi, Boudin le petit, …
(changer complètement de ton) Non, non pas vous madame, non non je montrais du doigt par là mais c'était dans le vide, …
Ah la la la gaffe !
(pointer avec le doigt ostensiblement dans une direction où cette fois il n'y a personne)

Toi, Boudin le petit, que celui qui te chante
A pris pour une fille aux formes aguichantes
Il répète à l'envi :"petit boudin -in - in"
Mais… le tronc d'Attila….. n'est qu'un bout d'un Hun, hein ?

(Enlever la perruque)
Mesdames et messieurs il faut noter ici l'incroyable virtuosité poétique de Racine, qui, après l'audace de ce vers terminé par boudin -in -in conformément à la chanson, a su trouver une seconde rime en boudin - in -in, en introduisant subrepticement dans son paysage poétique le Hun Attila et le hein exclamatif, n'est ce pas : le bout d'un Hun hein !
Je reste pantois devant tant de génie poétique !

"Je reste pantois" il faut se méfier de cette expression, j'espère qu'il n'y a personne de dépressif ici parce que l'autre jour je dis à un ami un peu dépressif : "- Je reste… pends-toi !" il me répond : "- Ah non si je me pends tu vas pas rester là quand même sans rien faire !"
Oui je reconnais c'est faible attendez (montrer la boite de Génie et s'en asperger)
Mon esprit est faible… mais ma chair est prompte…

Bon je n'arrête pas de faire des digressions on va perdre le fil. C'est dangereux les digressions, j'en ai déjà fait 6, 8 … peut-être 10 ! Dix c'est le maximum ! Oui ! Parce quand on a fait DIDI-gressions on ne sait plus-plus où on en est-n-est.
On ne sait plu-plus où on en n'est -nè
C'est rigolo -lo
Plus c'est bé-bête, plus les gens rient - ri !
C'est dramati-tique !
Bon on va quand même essayer d'élever un peu le niveau.

Bien nous allons reprendre le texte de Racine. Oui, Madame, Racine, parfaitement.
Root in English… John Root.

3 Boudin Métaphore

Au troisième degré nous avons le boudin analogique ou métaphorique comme vous voudrez, et ce sens porte allusion grivoise, scatologique, voire pornographique, basée sur l'analogie de la forme du boudin avec celle de l'étron ou du phallus. Alors nous sommes ici largement en-dessous de la ceinture, ne comptez pas sur moi pour développer ce thème : je ne mange pas de ce pain-là ou plutôt de ce boudin-là.
(Mettre la perruque)

Car l'homme est si vulgaire et pétri de bassesse
Que les chairs du boudin, les saveurs de sa graisse
Sont pour lui des plaisirs bien trop nobles encore.
Et pour mieux s'avilir, usant de métaphore,
Il voit dans le boudin la forme de la crotte
Ou celle du phallus, avec ou sans capote.

(Enlever la perruque)
Alors à ce sujet certaines personnes pourraient penser en voyant mes boudinisations qu'il s'agit d'une peinture obsessionnelle. Bien entendu ce serait une erreur grossière, ces personnes achètent probablement leur psycho à Carrefour. Pensant cela elles resteraient à un niveau de réflexion qui est le troisième, dans la phénoménologie du boudin, alors qu'elle en comporte sept. C'est vous dire comme leur pensée serait au ras des pâquerettes. Alors je suppose que personne dans l'assistance ne commet cette erreur, mais si c'était le cas je demanderais à ces personnes de considérer les quatre niveaux qui vont suivre, et si elles le peuvent, d'élever leur pensée.

4 Boudin forme

En fait mes boudins ne sont pas plus obsessionnels que les rayures le sont pour Daniel Buren, ou les tuiles de Lego pour le petit garçon qui fabrique son château. Ce ne sont que des composants de base, une sorte d'outil visuel de fragmentation des formes, exactement comme les impressionnistes fragmentaient la couleur. D'ailleurs un critique d'art a écrit dans une revue d'art japonaise, le Nagasaki arts weekly, je cite :

Amika lamoto chouchi Le Menestrel Ping !
Amika lamoto kiMOKO Daniel Buren Pong !

Ce qui peut se traduire à peu près par : les boudins sont à Le Menestrel ce que les rayures sont à Daniel Buren
Et effectivement il y a quelque chose de vrai, sur la notion d'outil visuel. Evidemment je ne veux pas me comparer à Daniel Buren cela paraîtrait grotesquement prétentieux, et surtout Daniel Buren, lui, est... [censuré]

L'artiste Américain Donald Judd qui pose trois barres de fer par terre et vend ça deux cent mille dollars, probablement dans un effort désespéré de justifier son minimalisme, comme si on pouvait justifier le néant, n'est-ce-pas, a dit que la forme idéale ne serait ni organique ni géométrique. Or, la forme du boudin est à la fois organique, comme on l'a vu, et géométrique, comme on le verra. C'est donc une forme particulièrement intéressante, qui convient bien à mon maximalisme. Oui, parce que je suis inscrit aux AMPE : Artistes Maximalistes, Postmodernes et Eclectiques.

Les Ménines

Si vous le voulez bien nous allons parler maintenant dans une parenthèse de cet extraordinaire tableau de Velázquez, mais je vais essayer d'être bref, parce qu'il a déjà suscité tant de commentaires et d'écrits de toutes sortes, que les amateurs d'histoire de l'art vont crier d'une seule voix : les Ménines, encore ! Je vais me limiter à trois aspects, liés le premier au chien, le second au philosophe Michel Foucault, et le troisième au psychanalyste Jacques Lacan.

Alors tous les historiens d'art se sont régalés à identifier chacun des personnages de la scène. Alors ici vous avez l'infante d'Espagne qui sera la belle sœur de louis XIV je ne vais pas vous en faire un cours d'histoire de France. On aperçoit le roi et la reine ses parents dans le miroir ici, et on devine que c'est ce couple royal que les personnages regardent ici devant le tableau.

Là, cette ménine, ici, c'est - je consulte mes notes - Dona Maria Carmen Isabel de Velasco y Sarmiento tanbien.
Oui ces noms d'aristocrates espagnols sont toujours un peu longs on rajoute à chaque fois le nom du père et de la mère ça fait de véritables généalogies. Et cette autre ménine là, qui est - je contrôle mes notes :
Dona maria marguerreta Mantequilla della maculada contracepçion y tortilla del cou, sulla plazza de toros ousékial toréador en ga-a-a-a-arda. (à moitié chanté sur l'air de Carmen) Tin tin tinlin, tin tin tinlin.

Pipe Pour cette Ménine à l'aspect légèrement trisomique, ici, j'ai mis un moment à comprendre ce qu'elle tenait dans la main (vous pouvez montrer la diapo s'il vous plait), en fait c'est une PIPE. Il faut croire que la pipe faisait partie de son quotidien à la cour de Philippe IV. Oui, la pipe à fumer, hein ? A fumer, à fumer. Eteignez la diapo.

Ensuite ici c'est Nieto, qui s'appelle aussi Velázquez c'est un cousin du maître. Et même le chien a été identifié, c'est comme vous le voyez un berger allemand légèrement abâtardi de berger belge, et il s'appelait : "Herr Friedrich Helmut Von Grossgrabenstein und von der commandantUUUr… Y… Mirza de la pâte feuilletée" (qui était le nom de sa mère, belge).

Et en fait ce chien, en bas à droite, est le point d'aboutissement paroxystique de la composition du tableau en berceau et diagonale. Le regard balayant du spectateur du tableau, suivant les diagonales, aboutit toujours au chien. Et alors que voit-il ? L'être le plus calme et le plus serein qui soit, au milieu de la vaine agitation humaine, avec les petites menines qui se pressent autour de l'infante ; la bonne sœur et son copain qui me semble d'ailleurs se tenir les testicules on se demande pourquoi, et tout ce fourbi de la cour. Velázquez nous présente le contraste le plus marqué entre l'homme et ses vanités, d'une part, et le chien, parfaitement zen, et qui représente, tout simplement, la SAGESSE. Et il a les yeux mi-clos, parfaitement sage, quand bien même cet imbécile de petit nain est en train de lui donner un coup de pied. Là encore, contraste entre la méchanceté pure et simple de l'homme, totalement gratuite, et la sagesse sereine de l'animal. Remarquez l'instant d'après le chien s'est peut-être retourné pour lui donner un bon coup de dents dans les mollets, au petit imbécile. Bien fait pour lui.

En résumé, Mesdemoiselles Mesdames et Messieurs, je pense que Velázquez a en fait peint la sagesse, incarnée dans le chien, face à la vanité et à la méchanceté humaine.

Michel Foucault

Dans l'introduction de son livre Les mots et les choses, Michel Foucault nous livre une analyse magistrale des Ménines, basée je vais faire très court, sur la place du couple royal, que tout le monde devine, face au tableau ici, et qui est aussi la place où vous vous mettez vous même pour regarder le tableau. Et il écrit sur cette ambivalence entre le roi et le spectateur, et Velázquez qui vous regarde, et cetera. Mais cette très géniale théorie ne tient malheureusement aucun compte de la construction perspective du tableau voulue par Velázquez.

Point-de-fuite-Menines Les dispositions de la perspective sont visibles dans la diapositive que je montre, là, je ne vais pas rentrer dans le détail d'autant plus que ce fait est déjà très connu, je n'apporte rien de nouveau ici : en un mot le centre perspectif du tableau n'est pas au milieu, dans le regard de l'infante, mais ici décalé sur Nieto, sur son sexe très exactement. Pourquoi toutes ces lignes de fuite convergent vers son sexe, ça c'est un détail troublant mais passons. Donc le spectateur ne doit justement pas se mettre au milieu, à la place qui sied au roi et à la reine, mais à leur droite, à côté, et ceci n'est évidemment pas un hasard, c'est justement voulu par le maître. Par déférence pour son roi. Alors évidemment ça fout un peu en l'air les réflexions de Foucault.

Alors avec cette construction perspective, le miroir, ici, qui est donc décalé par rapport au centre, ne peut pas refléter le roi et la reine, mais reflète ce qui se trouve au centre de la toile que Velázquez est en train de peindre. Ceci a été démontré par différents auteurs, et effectivement j'ai refait le dessin de la vue en plan c'est très simple et absolument indiscutable. Et on a honte pour tous les analystes et historiens d'art qui ont glosé sur le soi-disant mystère qui planait sur cette toile que le maître était en train de peindre. C'est une véritable insulte à sa mémoire.

Fantome-Velazquez (s'adressant au ciel) Diego, je t'ai compris !!!
(apparition du fantôme de Velázquez, diapo)
Comment ? En Espagnol ?
Ah oui : ay comprendo tu !
Si si !
Commo ? La boudinizaçion ? (prononcer thionne)
C'est mon inspiraçion ! (idem)
C'est surréaliste ! Sourréalistico !
Comment tu sais pas ce que c'est ? Mais on ne vous tient pas au courant là-haut dans l'olympe ?
Demande à Salvador Dali, il va t'expliquer !
Il est là-haut avec toi, non ?
Si si Dali, Marquis de Pujols ! Oui, PouRRHols !
Tou diré l'esplicaçion' du surréalisme y dé la crétinisaçion
Comment ?
Que je boudinise aussi un Vermeer ?
Jalousse !
Excuse-moi faut que je raccroche je suis en conférencia ! Con il publico ! je te rappelle !
(au public) Excusez-moi, ces communications avec l'au-delà, on est toujours dérangé.
Eteignez la diapositive

Jacques Lacan

Jacques Lacan a consacré cinq séances de son séminaire (au printemps 1966) aux questions de perspective et à ce tableau des Ménines. Le problème de Lacan, c'est que les néophytes en psychanalyse ne comprennent absolument rien, les amateurs font semblant de comprendre, et les professionnels ont des doutes. En plus ici il parle de la perspective et on n'a pas l'image des schémas qu'il fait au tableau c'est difficile.

Robe-Avec Sur les Ménines Lacan tombe dans le piège du maitre pour la toile à l'envers. Mais peu importe, ce qui est intéressant c'est son étude psychanalytique du tableau, et dans sa conclusion, ce qui est capital, c'est qu'il qualifie la petite infante ici de phallus-girl, une expression typiquement lacanienne. Alors si vous regardez bien la robe de l'infante, ici, montrez la diapo, mon processus de boudinisation m'a conduit à dessiner des boudins légèrement phalliques, oui enfin nous dirons phalliques. Et surtout n'y voyez aucune allusion grivoise ou autre, ce serait mal me connaître : il s'agit d'un vibrant hommage à Jacques Lacan : j'ai finalement repeint cette infante en phallus-girl.

Evidemment cette partie est un peu osée, un peu audacieuse, mais la fortune sourit aux audacieux ! Comme dirait ma belle sœur, qui est une latiniste distinguée :

Audacès fortuna jupette !

Comment ? Juvat ? Bon mettons, juvat, jupette, on va négocier, hein ? Moi, jupette, je trouvais ça plus sympa ; d'autant que la fortune, on peut la trouver aussi, sous la jupette… Pas vrai, Mesdemoiselles ?
Fortuna jupette ! (chanter) "Je soulève sa jupette, dominomino, domino minette, je soulève sa jupette, Domino…" Bon allez on ne va pas dériver sur les chansons paillardes, hein.

Robe-Avec-et-sans Mais en dessinant ces phallus - ces phalli, au pluriel - j'ai fait surtout à cette occasion une découverte troublante ; en fait, dans l'ensemble du tableau j'ai beaucoup travaillé chaque boudin pour qu'il ait une forme bien prégnante, en travaillant les ombres et les lumières sur le fond. Mais là, dans le bas de la robe, je vous l'affirme, je n'ai absolument pas touché le fond de Velázquez. Et on constate avec étonnement que les phallus y sont bien, même quand on enlève mes contours. Voyez avec la diapositive, ici (basculer entre une diapo où on voit la robe boudinisée et une diapo du même fond sans les boudins). Très troublant. Est-il possible que Velázquez ait consciemment ou inconsciemment peint des phallus ici ?

On peut faire un parallèle intéressant entre l'apparition de ces phalli et l'histoire de la psychanalyse de Léonard de Vinci, par Freud. Vous avez peut être lu Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, dans lequel Freud analyse le rêve que raconte Léonard, avec un faucon qui vient le caresser dans son berceau avec le bout de son aile. Et un disciple de Freud avait prétendu que dans le célèbre tableau de Léonard, représentant la Vierge et Sainte Anne, on voyait apparaître un faucon (montrer sur la diapositive).

Faucon-Vinci Il y a donc un parallèle à faire entre cette supposée représentation d'un phantasme de Léonard dans son tableau, et cette apparition de supposés phantasmes de Velázquez dans le sien. Non mais franchement, on voit mieux apparaître les phallus dans la robe que le faucon ici, non ? Par contre, la différence capitale qui existe entre les deux situations, c'est que chez Léonard c'est un faux con, et là c'est une vraie b….

Oh la la je m'arrête à temps j'ai failli tomber dans la vulgarité. Qu'aurait dit la baronne ?

On est glacé d'effroi, Monsieur le Troubadour,
Devant l'affreux abîme où plonge votre humour.

5 Boudin mathématique

Nous allons aborder rapidement les derniers niveaux de la phénoménologie. Alors le cinquième est le boudin mathématique. Un boudin se résume mathématiquement en un secteur de tore (tore T O R E). Et je dis à raison que c'est un tore. Pas un tort, hein ! Un tore.

Equation-tore L'équation du tore est quelque chose d'excessivement simple montrez la diapositive si on se rapporte à un repère orthogonal en coordonnées polaires, avec le centre du grand cercle du tore à l'origine. c'est tout à fait trivial Ne perdons pas de temps sur des choses aussi simplissimes. Alors pour un boudin normal il faut limiter l'angle du secteur à 2,3 radians environ enfin ça dépend des charcutiers bien entendu. Il faut aussi compléter les deux extrémités par deux demi-sphères vous pourrez vous amuser à compléter les équations chez vous ce soir.

Ce qui est important pour la phénoménologie c'est à ce niveau la pureté du concept, et on ne parle pas dans le vide le tore est un objet mathématique très utilisé ; je vais vous donner un seul exemple, mais pas des moindres, c'est celui du futur réacteur nucléaire ITER qui va être installé à Cadarache près d'Aix en Provence. Pouvez-vous montrer la diapositive s'il vous plaît ?

Interieur-ITER Vous voyez ici le cœur de ce réacteur; le petit nid d'amour dans lequel les petits électrons vont fusionner, wouh ! Et vous voyez que la forme du réacteur est justement un tore, un boudin fermé si vous voulez, un peu étiré vers le haut. Alors les ingénieurs de Cadarache n'ont pas trop étiré les bords, parce que sinon
Le tour du tore d'Iter s'étire à tort.

Cette diapositive m'a été aimablement prêtée par une importante sommité de CEA, qui est d'ailleurs dans la salle aujourd'hui, merci à lui.

6 Boudin psychanalytique

Boudin-symptome Je vous présente maintenant sur cette diapositive le boudin psychanalytique, c'est une très sérieuse étude topologique faite par Jacques Lacan dont nous avons déjà parlé. J'ai pris ce schéma dans le dictionnaire Larousse de la psychanalyse page 140 c'est tout a fait sérieux. Vous voyez donc ici que dans la théorie lacanienne, les trois ronds représentent respectivement le Réel, le Symbolique et l'Imaginaire, ils se croisent, et leur consistance, au sens topologique du terme, est assurée par une quatrième forme, qui serait d'après Lacan le symptôme, ou le Nom-du-Père, et dont la forme est de toute évidence celle d'un boudin je n'invente rien.

Alors pourquoi le symptôme se présente comme la consistance topologique du réel, du symbolique et de l'imaginaire, çà il faudrait comprendre, mais pourquoi le symptôme a la forme d'un boudin, ça moi je sais : il s'agit d'une facétie pure et simple de Lacan. Et le génie de Lacan, c'est ce qui fait que ses facéties sont transcrites en toutes lettres dans le Larousse de la psychanalyse. Fasse le ciel que mes propres facéties soient un jour transcrites dans un Larousse de l'histoire de l'art.
Eteignez la diapo.

7 Boudin métaphysique

Nous arrivons enfin au septième niveau de la phénoménologie du boudin, le boudin métaphysique, et je vais ici me placer sous l'autorité de Friedrich Nietzsche.

Mesdames et messieurs, l'art ne doit pas s'arrêter au beau, magnifié ici par l'infante, (phallusisée, aurait peut-être dit Lacan) ni même au laid (qui est ici, c'est cette ménine trisomique). L'art peut montrer à l'homme de la beauté idéalisée, pour lui permettre de rêver et d'oublier la médiocrité voire l'horreur du monde qui l'entoure. Ce rôle métaphysique de l'illusion et de l'idéalisation de l'art, que Platon condamnait dans l'une de ses grossières erreurs néfastes, est ce que Nietzsche appelle l'art apollinien. Mais par-delà le beau et le laid, il y a une autre dimension de l'art, c'est l'expression de l'énergie vitale universelle. Alors elle ne peut s'exprimer que dans un contexte collectif, et je voudrais que vous voyiez que ma boudinisation, ici, efface les individualités : la famille royale, les grands et les petits, les beaux comme les laids, les fous comme les sages, sont tous réduits ici dans une accumulation de boudins. Et par delà l'inévitable temporalité de la chair, je voudrais que vous voyiez l'incessante re-création (re-naissance) des forces de vie, (monter le ton, de plus en plus emphatique) le grouillement inextinguible des petits boudins en train d'éclore, comme le bourgeonnement désordonné de la nature à la naissance du printemps, et peut être même l'ivresse des ménades et des satyres, dansant avec une infinie légèreté, un hymne en l'honneur du seul dieu inspirateur de l'artiste, Dionysos.

Alors, enfin, vous trouverez dans cette œuvre, réunis comme dans la tragédie attique, les deux éléments apolliniens et dionysiaques consacrant la plénitude de l'art dans sa dimension métaphysique.

Mesdames et Messieurs, on me fait signe qu'ils veulent passer une publicité à Nagazaki, je fais deux minutes de pose vous allez pouvoir méditer et moi boire un coup.

Entracte

Mesdames et Messieurs avant de terminer je voudrais vous dire en toute simplicité comme j'espère que vous pourrez acquérir l'une de mes œuvres, et surtout ne dites pas "je ne peux pas mettre ça dans mon salon", ne confondez pas art et panneau décoratif. Depuis un moment j'essaie de vous convaincre que la fonction décorative de l'art n'est que vil détail. Je comprends très bien que vous ne puissiez pas mettre un dessin de dragon épouvantable dans votre salon, mais ces dessins sont des œuvres d'art dionysiaques. Mettez-le dans vos toilettes, ou dans votre coffre à titre purement spéculatif. Il suffit d'y croire.

Vous avez une liste de prix qui circule quelque part, et vous avez le bulletin de souscription du DVD sur la table de la sortie.

C'est bon, Nagasaki ?

Apocalypse

En tous cas, Mesdemoiselles Mesdames et Messieurs, ne tardez pas car la vie est courte. Et je dois vous annoncer une nouvelle un peu triste, concernant le bon génie qui m'a inspiré ces œuvres. C'est le génie du boudin artistique, celui qui apparaît quand on frotte… non pas la lampe, mais la saucière. Son nom est Aladin-Bouh. Oui c'est en verlan, il faut se mettre un peu au goût du jour, hein. Et malheureusement Aladin-Bouh est très épuisé, il va bientôt disparaître à jamais. Et je vais vous dire ce qui va se passer le jour de sa disparition. (Mettre la perruque).

Dans les charcuteries les boudins attristés
Verront alors leur prix commencer à monter
Après viendra le temps des marchands qui spéculent
Vous courrez le danger que l'un d'eux vous ….accule
À payer un boudin bien plus cher qu'il ne vaut,
Renchérissant le porc au détriment du veau.
Le prix du boudin monte ! Il se peut qu'il explose !
Alors on pourra voir, spectacle grandi-ose,
Exploser des boudins, déchiqueter leur chair,
Les graisses et les sangs pulvérisés dans l'air.
Et ces immondes pluies s'abattront en orage
Zeus montrant ainsi comme éclate sa rage
Le rideau du théâtre en deux lés se fendra
Les femmes mettront bas des pourceaux et des rats.
Les cieux s'entrouvriront avant que n'en descendent
De maléfiques feux dansant en sarabande.
Et, enfin, le dragon : sept têtes ! Douze queues !
L'échine violacée et le ventre visqueux-euha.

(enlever la perruque)
Je précise bien, Mesdames et messieurs, que le ventre du dragon n'est pas visqueux, tout court, mais visqueux-euha. C'est indispensable du point de vue de la versification. En effet, le vers précédent se termine par "douze queues"… comme le dragon d'ailleurs. Sauf que là ce n'est pas le dragon, c'est le vers. Pas le ver de la famille des lombricidés, hein ! Ni le verre à pied. Quoique si ! Là c'est bien un vers à douze pieds, comme tout alexandrin qui se respecte.
Et les trois derniers pieds, c'est "douze queues".
Le dernier pied c'est "queue" : Q-U-E-U-E.

Et là, Racine s'est trouvé en grande difficulté pour trouver la rime, car en fait dans la langue Française il n'y a aucun autre mot se terminant par queue Q-U-E-U-E. Et Racine s'est pris la tête avec cette queue. C'est quand même un comble se prendre la tête pour la queue : c'est une confusion qui peut être très dommageable !

Alors il aurait pu faire la rime seulement avec E-U-E, c'est déjà assez difficile mais vous avez par exemple bleu-e. B-L-E-U-E une carapace bleu-e ou une peur bleu-e. Mais pour Racine, ça faisait une rime un peu pauvre :
Comme rime vous n'auriez - EU (pas de liaison) que E-U-E
Pas Q -U-E-U-E.
Vous n'auriez pas eu de Q ; ça aurait fait mince !

Une rime sans consonne, c'est impensable pour Racine. Donc il a préféré faire la rime avec le mot visqueux : Q-U-E-U-X. Et là vous avez le Q. Mais le problème, rédhibitoire du temps de Racine, c'est qu'il était absolument interdit de mélanger les rimes féminines et masculines. Et visqueux devait rester au masculin, alors qu'une queue, c'est féminin. Si, une queue, c'est féminin. Non, pas typiquement féminin. Non, mais grammaticalement féminin. C'est vrai que sur le plan anatomique, une queue, ce serait plutôt… neutre, bien sûr. Car tous les animaux qui portent une queue la portent indépendamment qu'ils soient mâles ou femelles, c'est neutre.

Enfin pour être exact il y a certains animaux pour lesquels la queue du mâle est beaucoup plus belle que celle de la femelle. Comme …
Mais non pas l'homme !!! Enfin Monsieur, l'homme n'a pas de queue, ou plutôt n'a PLUS de queue depuis quelques centaines de milliers d'année… Non l'animal qui a la queue nettement plus belle que la femelle, c'est le paon bien sûr. Le paon a une superbe queue qu'il montre à tout le monde. Il en est extrêmement fier. Alors il dresse sa queue en l'air (geste devant), enfin derrière bien entendu (geste derrière), bien droite devant tout le monde, et devant les femelles en particulier. Mais ça n'impressionne plus personne. C'est un animal un peu bête, le paon. Tellement bête que pour appeler sa femme, il crie : "- Léon ! Léon !" Et bien entendu sa femme ne répond pas ! Vous pensez bien qu'elle ne s'appelle pas Léon !

Alors pour revenir à Racine, il ne pouvait absolument pas faire rimer queue Q-U-E-U-E, mot féminin, avec le ventre visqueux Q-U-E-U-X. Alors il a très habilement ajouté après le mot visqueux l'onomatopée 'euuuuaaa' (dégueuler) ce qui fait évidemment beaucoup plus féminin, hein : visqueuuuua.
(remettre la perruque)

Le dragon

Et, enfin, le dragon : sept têtes ! Douze queues !
L'échine violacée et le ventre visqueux-euha
Quelques têtes crachant des saucisses fumeuses
Et d'autres la compote acide et venimeuse.
Les douze queues bardées de mille et mille verges
Viendront violer vos vieux, vos veuves et vos vierges.
Les hurlements d'horreur des pucelles défaites
Se joindront aux clameurs, mais plus celles des fêtes,

(oui c'est un demi-holorime, Victor Hugo n'est pas loin)

... mais plus celles des fêtes,
Celle de l'animal, dont les voix réunies
Vrilleront les tympans de leur cacophonie.

(excessivement théâtral)
Toi, le dragon-boudin, tant à peau qu'à liptique,
Es-tu dieu ou démon ? Où "tu" mets ta physique ?
Es-tu noir de ton sang ? Es-tu blanc de tes miettes ?
(crié) Pour qui sont ces boudins qui boudinent vos têtes ?

Tirade finale

Mesdemoiselles Mesdames et Messieurs je voudrais terminer en vous répétant simplement le discours solennel que Zarathoustra adressa aux hommes supérieurs, lorsqu'il les rencontra à nouveau à la fin de son périple métaphysique. Et ce discours se terminait par ces mots inoubliables : ...

(blanc, puis s'aperçoit qu'il n'a pas mis le costume) Ah, Mademoiselle Henriette, vous avez pas préparé mon costume de Zarathoustra !... Mais non, pas celui avec des pompons ! Zarathoustra avec des pompons, pauvre Friedrich ! (mettre la robe) Et ce discours… se terminait… par ces mots… inoubliables : (préparer l'effet théâtral)
Inoubliables… Heu, qu'est-ce que c'est déjà ? Ah oui. (nouveaux effets de manche)

Paissez ! Moutons ! Broutez ! Bovidés anonymes !
Mais lorsque du génie l'étincelle sublime
Jaillira jusqu'à vous, l'art viendra resplendir
Sous vos yeux hébétés, pour enfin vous grandir !
Peut-être y verrez-vous, miroitant dans l'image,
Un reflet de vous-même, dans le flou d'un mirage,
L'une de vos vertus surgissant du miroir.
Peut-être par bonheur, pourrez-vous entrevoir
Naissant de ce théâtre aux claires apparences
L'obscure vérité de votre transcendance.

Au nom d'Hubert (main doigts tendus sur le ventre)
Et de Nietzsche (lever le bras et montrer le portrait)
Mais bien sains d'esprit (doigt vrillant la tempe)
Que Zarathoustra vous guide (deux mains face à face traçant devant soi un chemin - ou un gros phallus…)
Inch Allah !

Performance

La conférence est suivie d'une performance organisant un cri de dragon cacophonique poussé par la salle, les uns imitant le crachat de saucisses, d'autres la compote venimeuse, d'autres encore un cri de grosse vache, et enfin un groupe de femmes imitant un cri d'orgasme.