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révisions dionysiaques de quelques concepts religieux... prières ciblées...une religion pour s'élever


catéchisme dionysiaste

Ode à Dionysos...... Dionysos existe, je l'ai rencontré...... Benedicite...... L'esprit dionysiaque : homélie du Père Dupanbouc...... Soixante-neuvième commandement dionysiaque...... Vers une réforme dionysiste de l'eucharistie...... Le taureau et le bouc dans la crèche de Noël...... Une nouvelle religion de l'élévation

Ode à Dionysos

020608

Ô Dionysos, dieu gai !…

Ici, le mot gai, Mesdames et Messieurs, doit s'entendre avec un "i", car bien sûr Dionysos est le dieu de l'allégresse, de l'ivresse, du rire métaphysique…

Ô Dionysos, dieu gay !…

En fait, on peut aussi mettre gay avec un "y", car les textes mythologiques nous précisent que Dionysos a gardé durant toute sa vie terrestre les grâces hermaphrodites de son adolescence…
Finalement, on pourrait écrire G - A - accolade - I - Y : ga{iy

Ô Dionysos, dieu gai-i-yi…

C'est là où on se rend compte de la richesse inouïe de la poésie d'Hubert Le Menestrel, qui, avec un seul petit mot de trois lettres, réussit à aborder plusieurs pans de la mythologie de Dionysos. Quelle richesse !


DionysosSatyres

Ô Dionysos, dieu ga{iy, vois ci ma plume agile ;
Donne à ces vers zélés les pieds légers d'Achille…

Ici nous avons les vers ailés avec des ailes, comme les pieds d'Achille, les vers légers et aériens, ou alors les vers zélés avec un Z, du zèle des fidèles de la religion dionysiaque… ou mieux encore, les deux ! Ailés, et zélés !
Quelle richesse !


Ô Dionysos, Dieu gai, guide ma plume agile
Donne à mes vers zélés les pieds légers d'Achille
Souffle à ton ménestrel l'esprit du gai savoir
La logique du fou, que seul le roi peut voir.
Mais par devant la cour, laisse lui l'insolence.

Coule dans son pinceau le ciel de la Provence
L'éclat de sa lumière et son scintillement…
La danse de l'étoile aux sons du firmament.
Donne-lui la mer - lisse, où nichent les alcyons
Grâce, flamme, et génie, divine perfection.

(Versifié d'après un passage du Crépuscule des idoles de Friedrich Nietzsche).

Dionysos existe, je l'ai rencontré

220909 Un fidèle de l'EDF (Eglise Dionysiaque de France) nous a fait l'extraordinaire récit suivant :

"C'était au printemps, je me promenais seul dans la forêt. A un moment, je me suis arrêté de marcher : il y avait des faibles bruits. Plus aucun contact avec la civilisation. Aux bruits, il n'y avait personne autour, mais pourtant j'ai eu l'impression d'une présence. Je sentais l'énergie de la nature qui bourgeonne. En fait, je sentais confusément (ni avec les yeux, ni les oreilles, ni le nez, ni les mains) que les plantes poussaient. Et j'étais entraîné dans ce mouvement d'énergie. Je me sentais de participer à cette poussée, à cette procréation, et j'ai ressenti des envies sexuelles. En communion avec la nature. J'étais bien. Une certaine joie, une certaine allégresse.

Soudain, j'ai eu un blanc de l'esprit. J'étais ailleurs, il n'y avait plus le monde autour, je ne voyais plus, je n'entendais plus, pendant quelques secondes. Je n'étais nulle part. Lorsque je suis revenu sur terre, j'ai écouté à nouveau, j'ai vu que j'étais au même endroit que tout à l'heure, et je me suis demandé ce qui m'était arrivé. En fait j'avais rencontré Dionysos, j'avais vécu l'ivresse dionysiaque.

J'ai eu une impression de lucidité, de proximité d'une vérité profonde. De comprendre, d'être proche du réel. Libération des instincts, sentiment de liberté très important, rejet du monde des convenances, le corps et non l'esprit (qui, lui, est tordu). Pas d'expression, de description, uniquement du senti…"

pseudopode

A l'endroit où cette apparition s'est produite, l'EDF projette l'édification d'une grotte avec lieu de pèlerinage. D'ailleurs le fidèle qui a vécu cette histoire s'appelait Bernardin Saoul-Biroute.

190508 Cette histoire de promenade printanière est évoquée par Nietzsche à plusieurs endroits de son œuvre. Il l'a vécue, lui aussi. Donc, dans l'ivresse dionysiaque (attention : pas l'ivresse des poivrots, disons plutôt : dans l'exaltation dionysiaque), il y a le sentiment d'appartenir à la nature : on participe à l'énergie naturelle qui pousse, qui développe, qui bourgeonne et crée la vie (et qui la détruit au fur et à mesure, d'ailleurs). Et en faisant corps avec la nature, on perd son individualité, sa personnalité. C'est le collectif au lieu de l'individuel. L'homme n'est plus qu'un minuscule pseudopode de la Nature (on se croirait dans Spinoza).

Benedicite

311208 Ô Dionysos, dieu des créateurs, des créateurs de tout poil, et du poil de bouc en particulier, et surtout des créateurs artistiques,

Ô toi dieu de la création mais surtout de la procréation, de la prolongation de l'espèce, dieu de la joie métaphysique, de l'amour du destin,

Donne-nous notre pain et notre vin quotidien, mais surtout le vin (si tu as par exemple un cheval blanc 47), et pour le pain on aimerait mieux de la bonne bouffe,

Donne nous l'amour de la vie, remplis-nous d'énergie vitale procréatrice (enfin pour ceux qui sont en âge de le faire), donne-nous les petites femmes qu'il nous faut pour les faire fructifier,

Fais nous danser et chanter de joie avec tes ménades pulpeuses et tes satyres membrés, danser avec toute ta légèreté divine,

Et qu'il en soit ainsi pour l'éternité,

Car je t'aime, Ô éternité.

Au nom d'Hubert, de Nietzsche, mais bien sains d'esprit, amène - la bouffe.

L'esprit dionysiaque : homélie du Père Dupanbouc

(prononcée lors des anthestéries de printemps à Panopolis en 69 après J.-C.)

080610 Mes chers frères, l'esprit dionysiaque, c'est l'acceptation joyeuse de la diversité, du multiple, de l'altérité, non pas dans un angélisme, dans une recherche d'un consensus planétaire pacifiste, totalement utopique et chimérique, mais dans la fusion cosmique de la lune et du soleil, du yin et du yang, du blanc et du noir, dans un camaïeu de gris, dans le printemps et ses explosions sexuelles, mais aussi dans l'automne et ses fatigues pendouillantes, et finalement dans l'éternelle succession des saisons, dans la vie et l'énergie, mais aussi dans la mort, et finalement dans l'éternelle renaissance de l'être cosmique et microcosmique !

Soixante-neuvième commandement dionysiaque

210911 Tu ne confineras pas les poulets dans un espace vital insuffisant.

En cas de contrôle par l'armée des Bacchantes, les éleveurs en batterie, pour expier ce péché, subiront le châtiment d'être déchirés vivants et mangés sur place, crus.

Vers une réforme dionysiste de l'eucharistie

140610 En elle-même, l'eucharistie catholique, par le fait que le communiant mange, consomme, la chair même de Dieu, représente l'union mystique de l'humain et du divin, ne formant plus qu'un seul être. Et ce geste joue ainsi le rôle de ciment de la communauté, puisque tous les individus ne font plus qu'un avec Dieu, et donc ne font plus qu'un entre eux. Des rites analogues existaient chez les Bacchants et chez les Aztèques. En outre, dans le fait de manger du pain et du vin, le communiant consomme en fait le produit de la terre, du soleil, de la nature, et il mange ainsi réellement la Mère Nature dans toute sa divinité. Malheureusement, la rigidité de la religion catholique et de ses rites hypercodifiés a complètement effacé cette signification cosmique, pour en faire un geste totalement aseptisé, vidé de son sens, où le pain est remplacé par un bout de biscuit blanchâtre insipide, et où le vin n'est consommé que de quelques gouttes mouillant à peine les lèvres. La communion se fait dans un grand recueillement où l'aspect communautaire, le contact social, est totalement effacé, chacun communiant bien séparément des autres, et même, sans regarder l'autre.

CarracciTriompheBacchus Il serait donc tout à fait salutaire que le catholicisme revienne à un rituel plus proche de sa signification, en remplaçant cette messe aseptisée et triste par un joyeux repas pris en commun où le pain serait tartiné, beurre et confiture, où le vin serait à volonté, et où des chants et des danses viendraient compléter l'aspect communicationnel, la socialisation de l'assistance, dans une fête joyeuse et décontractée, qui pourrait se terminer tard dans la nuit, dans une semi-obscurité qui favoriserait les contacts de toutes sortes entre les communiants, soudant ainsi solidement non seulement le divin et l'humain, mais encore les humains entre eux, dans un esprit de création, de procréation et de renaissance, en un mot dans un esprit dionysiaque. Cette réforme liturgique rendrait enfin tout son sens symbolique et mystique à ces célébrations. Il faut écrire dans ce sens à Benoît XVI, c'est une personne à laquelle ça pourrait faire beaucoup de bien.

ooo

Joseph replia la lettre avec un vague sourire amusé. Une image vint se figer soudain dans sa tête, celle d'un danseur obscène, mimant le coït en cadence, qu'il avait vu dans un reportage sur la fête de San Cristobal à Puerto de las Minas. Et il imaginait ce danseur à la fin de la messe du dimanche à Saint Pierre ! Horreur ! Il repoussa cette vision qui lui parut soudain diabolique, et se versa à nouveau une petite rasade du Gewurztraminer Vendanges tardives qu'il essayait comme nouveau vin de messe pour tous les jours. La fin de la lettre était certes une farce amusante, trop amorale pour lui, mais amusante, vicieusement. Mais le début ? Le petit farceur qui avait écrit la lettre avait au fond un peu raison. Mais toute réforme liturgique lui paraissait un danger extrême. Il avait été élu à son poste pour conserver tout ce qu'il pouvait de la tradition, si rigide fut-elle. Un écart dans un sens libéral pourrait engendrer toute sorte de dérives des "fidèles", qui ne demandaient qu'à se faire chacun sa petite idée du dogme. La fin de l'Eglise Unique, le tribalisme religieux, les sectes… Pourtant, il sentait au fond de lui-même, comme Socrate, son daimôn qui lui enfonçait un petit trident dans la cuisse :

"- Vas-y, Joseph, change nous un peu tout ça, un bon coup de pied dans la fourmilière, tu vas nous moderniser enfin l'Eglise, tout le monde te remerciera !"

Nouvelle rasade de Gewurtz : ce Vendanges tardives avait certainement plus de caractère.

Oui, la messe festive, Jésus gai, la musique, ça lui rappelait quelque chose… Il s'approcha de sa bibliothèque et eut un éclair : une phrase que Jung avait écrite à Freud dans sa correspondance, où Jung souhaitait que Jésus reprenne sa position initiale de "dieu-divin de la vigne" et que le culte redevienne "une fête de joie enivrée, où l'homme a le droit d'être animal dans l'ethos et la sainteté".

Il était troublé. La tête lui tournait un peu. Le Gewurtz ?

Faire une bulle ? Presque machinalement, il versa un peu d'eau savonneuse sur le plateau de la machine à faire les bulles, et pressa lentement le soufflet. Une superbe bulle se forma ; durant quelques secondes, un pseudopode légèrement obscène, turgescent, la maintenait liée au plateau. Enfin, elle se détacha d'un coup, et Joseph la contempla, pensif. Pourquoi Michelangelo avait-il laissé passer cette lettre obscène ? Pour lui faire une petite farce ? Tant pis, même dans sa position, on a le droit à l'humour, au moins lorsqu'on est seul…

creche

Le taureau et le bouc dans la crèche de Noël

071110 Hubert Le Menestrel a été le premier artiste à représenter la nativité de Jésus avec, au lieu du bœuf et de l'âne, un taureau et un bouc. L'émasculation du bœuf en fait en effet un animal antinaturel, un abus de pouvoir de l'homme sur la nature, et le taureau est plus à sa place dans un événement de nature cosmique. L'âne, lui, a une connotation d'entêtement, de stupidité, qui n'est pas non plus à sa place. La présence d'un bouc, elle, renvoie opportunément à Dionysos, à la présence normale de tous animaux et de toute création, dans cette fête de la naissance de l'être divin.

Il est à noter que ce changement d'animaux ne constitue absolument pas une hérésie, une violation de l'orthodoxie catholique, car l'histoire de l'âne et du bœuf n'apparait dans aucun des écrits canoniques qui fondent le christianisme, mais bien dans un évangile apocryphe, celui du pseudo-Matthieu.

Une nouvelle religion de l'élévation

010608 Si l'homme veut s'élever, il faut qu'il lutte contre son hédonisme et sa cupidité naturelle. La méthode de Jésus était assez astucieuse, celle consistant à faire croire à l'homme qu'il faut qu'il aime son prochain, ce qui modère sa cupidité naturelle, et qui le fait considérer le confort de l'autre et pas seulement le sien. Évidemment, cette notion "d'amour" du "prochain" était fabriquée de toute pièce, mais c'était astucieux… Une autre méthode serait possible, celle de faire croire à l'homme qu'il faut à tout prix qu'il s'élève pour améliorer l'espèce. Cette possibilité lutte de façon assez directe aussi contre la cupidité, contre l'hédonisme naturel, et pourrait avoir d'excellents effets. Mais impossible de convaincre l'homme par la raison : le combat raison contre nature est perdu d'avance. Le seul moyen est de lui inculquer une croyance, donc d'en faire une religion. (La doctrine devra comporter quelques règles pour que l'adepte ne s'élève pas trop au détriment des autres quand même). Mais alors, fonder une nouvelle religion, quel boulot. Il faudrait avoir le charisme de Jésus. Et la situation politique est également assez différente : on n'attend pas actuellement de messie… Quoique…